Art 14: fourbure - CARPE

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Article publié en Aout 2014


La fourbure chez le cheval



La fourbure est une congestion (c’est-à-dire une augmentation de la quantité de sang) inflammatoire aigue du pied.

La « boite cornée », c’est-à-dire le sabot ne pouvant pas se dilater, la circulation sanguine est empêchée, le sang coagule et les tissus ne sont plus alimentés en oxygène (
ischémie). Ils se dégradent alors, et les os se désunissent de leurs structures environnantes : le sabot peut « tomber » ( exongulation) et/ou la 3ème phalange bascule et peut alors venir perforer la sole.


  


Pied sain                                              Fourbure grave





Fourbure aigüe

C’est une crise violente qu’il faut traiter rapidement pour limiter les séquelles qu’elle peut provoquer.


Fourbure chronique

La fourbure peut aussi devenir « chronique », c’est-à-dire que la maladie « s’installe » dans le temps. Cela survient lorsque la fourbure aigüe a été soignée trop tardivement, mal soignée, ou si les causes de la fourbure persistent. Une fourbure est dite chronique lorsqu’elle dure plus de 15 jours et/ ou que la phalange a basculé.


Sub fourbure

Elle est très fréquente, mais très rarement décelée. La circulation sanguine du pied, sans être fortement compromise est altérée, et le pied est mal alimenté en oxygène.  
Elle n’est décelée que lorsque le cheval se met à boiter : le cheval est alors dit «
pré fourbu ».


Causes de la fourbure

Les causes de cette congestion survenant sur le sabot peuvent être multiples, mais le point commun de toutes les causes de la fourbure est une sorte « d’empoisonnement ».

En effet, si la fourbure semble être une maladie touchant les pieds, elle est en fait
la manifestation d’un trouble général.

La libération dans la circulation sanguine de substances toxiques provoquent des troubles de la circulation du sang à l’origine de cette accumulation de sang dans le pied :


- Causes métaboliques (c’est-à-dire liées aux réactions chimiques qui se produisent dans l’organisme) :
Excès de nourriture, infection généralisée, rétention placentaire (après la mise bas, un morceau de placenta reste dans l’utérus ; on parle de «
fourbure de parturition »), infections  …




Une alimentation inappropriée  joue souvent un rôle important dans la survenue des fourbures.




En effet, dans le cas de la
fourbure alimentaire, il y a un excès de production d’acide lactique, le Ph de l’intestin diminue alors, provoquent la dégradation de certaines bactéries qui libèrent dans le sang des composés toxiques (endotoxines) responsables des troubles de la circulation et de la coagulation.

L’accès à une pâture très riche (l’herbe printanière notamment), l’excès de friandises, une ration trop riche par rapport à l’activité du cheval sont souvent à l’origine de la survenue de la maladie.

Certains chevaux ayant une prédisposition à la surcharge pondérale (comme les poneys et les chevaux de trait), ils sont bien entendu plus exposés.

Enfin, certains aliments sont directement en cause, comme les
glands, le trèfle et la luzerne.


     
Gland                                                Trèfle                                            Luzerne

 
Concernant le grain, il faut savoir que plus il est énergétique et plus son taux de cellulose est faible et plus le risque est accru : c’est pourquoi la consommation de blé est plus dangereuse que celle de l’orge et que l’avoine au contraire est une céréale tout à fait appropriée aux chevaux a risque de fourbure.


Grain      Taux de cellulose       Taux d’amidon
Blé
                  4                             72
Orge                8                            68
Avoine             20                           51


                                  

        Blé                                        Orge                                       Avoine


Les chevaux et poneys obèses développent également des troubles de la thyroïde qui les prédisposent a la survenue de fourbure lorsque l’herbe est trop riche en
azote (fourbure de pâturage), notamment lorsque les trèfles et la luzerne poussent.

Une
grande quantité d’eau froide en été peut également déclencher une fourbure.

Pour
la fourbure de parturition, il faut savoir que la délivrance du placenta (et de l’hippomane, sorte de concrétion molle qui est contenue dans les eaux fœtales) doit avoir lieu dans les 6h : si elle n’a pas lieu, la jument développe une infection aigue de l’utérus (métrite). Le premier signe de cette infection est que la jument refuse de se déplacer.

Une jument peut également développer une métrite en dehors des mise bas et d’autres
infections peuvent être à l’origine des fourbures : infection de l’intestin (entérite), des poumons (pneumonie) … Lors des infections, des «toxines » microbiennes traversent la paroi des organes infectés et gagnent le sang ou elles entraînent des perturbations de la circulation et la coagulation au niveau des pieds.


- Causes traumatiques :
Excès de travail, surcharge de poids chronique ….

La «
fourbure de route » apparait après une journée de travail, longue et/ ou  violente, ou après des longues marches sur un sol goudronné ou pavé : les percussions violentes et continues en sont la cause.





La «
fourbure de contrainte » survient lorsque le cheval reste en station debout prolongée (transport, par exemple) ou lorsqu’il souffre d’un autre membre ( lors d’un abcès, claquage …) : il compense  alors  en reportant son poids sur les membres sains. Les contraintes alors imposées aux membres sont alors à l’origine de la fourbure.


- Iatrogène (liées aux actions des médicaments) :
Absorption d’une grande quantité de corticoïdes, phenylbutazone, de certains vermifuges  …





Les symptômes de la fourbure

- Chaleur des pieds : elle touche le plus souvent les 2 pieds antérieurs. Parfois, un seul antérieur. La phase très aigüe de la maladie peut atteindre les postérieurs.


- Boiterie : elle peut être modérée ou très intense. Il peut soulever alternativement les pieds concernés pour les soulager ou refuser de marcher.
En  cas de douleur modérée, la boiterie ne se manifeste réellement qu’au trot (le cheval a un «
trot piqué »).


La douleur de la fourbure est dûe à :
L’excès de pression liée par « l’excès »de sang dans la boîte cornée qui est inextensible.
La souffrance des tissus qui ne sont plus alimentés en oxygène.

La douleur est très
intense car les pieds des chevaux sont très richement irrigués (c’est-à-dire riches en vaisseaux sanguins), comme les doigts de la main de l’homme.

Le cheval parfois se couche, et en cas de douleur intense, éprouvera des difficultés à se relever et les premiers pas seront extrêmement difficiles.


- Report du poids sur les postérieurs : le cheval, pour soulager sa douleur va reporter son poids vers les postérieurs ; on dit qu’il est «
campé ». Cela signifie qu’il va placer les postérieurs sous l’abdomen afin de déplacer son centre de gravité en cas de fourbure à l’avant ou placer les antérieurs sous le thorax si la fourbure atteint les postérieurs.



Cheval campé


- La sole est sensible aux
pinces tricoises (pinces utilisées par le vétérinaire, pour comprimer la sole)




- Le pouls pris sur la face externe et postérieure des boulets est
plus fort et rapide que sur un pied sain.


Pouls digité



- Lors d’une fourbure chronique, la corne se « bossèle » sur le devant du sabot.




- Des signes métaboliques ou liés à la douleur :
sudation importante, fièvre supérieure à 39°, respiration accélérée …


- Anxiété


- En cas d’exongulation : un sillon se crée dans le sabot (sillon dit
« disjoncteur ») et du liquide s’écoule ; très vite, l’ongle se sépare du pied et le sabot finit par chuter.


- En cas de bascule de la 3ème phalange : la sole devient
convexe.




- Lorsque le cheval développe une fourbure chronique,
la forme du pied se transforme : il « s’allonge » d’avant en arrière, il s’aplatit à l’avant, la paroi de la pince ne présente plus une angulation normale et se rapproche de l’horizontal.

- Lors de la bascule de la 3ème phalange,  la ligne blanche s’élargie en pince et en mamelle et des cavités de tissus nécroses et parfois suintant (
fourmilières) se créent ; enfin, un bombement de la sole au niveau du tiers antérieur se crée et se bombement va rapidement s’user et laisser s’écouler un liquide avant de se perforer.
La survenue de la maladie est brutale : elle survient en quelques heures en cas de fourbure aigue.


Fourmilière liée à une fourbure





La radiologie

Elle permet de mettre en évidence la bascule de la 3ème phalange.


  

Radio pied sain                        Radio pied fourbu



Basculement de la 3ème phalange

Normalement, la 3ème phalange (qui est un os de forme triangulaire) repose à plat sur son grand côté, parallèlement à la sole.

Les troubles circulatoires entraînent une dégradation des tissus du pied, et notamment du « podophylle », qui soutient la phalange.





L’os subit alors une modification de sa position : la partie antérieure bascule vers l’avant et vient « perforer « les tissus puis la sole.

Lorsque la phalange a basculé, la sole (la surface du pied en contact avec le sol)  devient « convexe ». Il faut intervenir rapidement afin qu’elle ne soit pas perforée par la phalange car il est alors très difficile de sauver le cheval.

Après une bascule de la phalange, le cheval est généralement handicapé et boiteux à vie.



Le traitement de la fourbure

La fourbure aigüe est une urgence médicale qui a pour but de limiter les séquelles.

Le traitement doit intervenir rapidement pour empêcher le basculement de la phalange.

Une guérison survenue au cours des premières heures diminue le risque de complications et on peut alors espérer un retour à l’état de sante antérieur.

L’appel au vétérinaire ET au maréchal ferrant est obligatoire et doit être rapide.



- Traitement de l’origine de la fourbure : diète, antibiotiques …. Selon la cause de la fourbure.
Jusqu’à avis contraire du vétérinaire, il faut poser un
panier au cheval, qui lui permettra de s’abreuver correctement, tout en l’empêchant de manger.



Panier



- Mise au repos : il a longtemps été conseillé de faire marcher le cheval.
Cette idée est complétement fausse : la marche ne permet pas d’améliorer la circulation du sang en cas de fourbure, et, en plus de provoquer une douleur au cheval, elle favorise la bascule de la 3ème phalange. Il ne faut donc pas forcer le cheval à marcher et si le déplacement est obligatoire, il faut prendre son temps.


- Le cheval doit bénéficier d’une litière épaisse ou être mis sur du sable, afin de diminuer au maximum les traumatismes de la sole.


- Anti inflammatoires : ils vont permettre de décongestionner le pied. Ils soulageront ainsi la douleur et peuvent être associes à des tranquillisants.


- Lors de fourbure chronique, un déferrage ainsi qu’un parage « pieds nus » permettent d’améliorer la vascularisation du pied et de favoriser la guérison.


- Traitements « vasodilatateurs » : c’est-à-dire qui permettent la dilatation des vaisseaux sanguins et traitement anticoagulant ( aspirine) afin de fluidifier le sang.


- Dans certains cas, la saignée (on enlève 1 L de sang pour 100 kg de poids vif)  est toujours pratiquée pour soulager le cheval. Elle permet de diminuer l’hypertension veineuse dont souffrent les chevaux fourbus et donc la pression au niveau des pieds.
Elle est surtout utilisée pour les fourbure de parturition mais peut également être bénéfique dans les fourbures d’origine alimentaire.  
Elle se pratique à l’aide de gros trocarts, qui permettent de retirer une grande quantité de sang sans douleur et en moins de 5 à 10 mn.


- Soins de maréchalerie : Le maréchal veillera à rétablir le parallélisme entre le bord inférieur de la 3ème phalange et la ligne d’appui sur le sol pour éviter la perforation éventuelle de la sole.

Il déferrera le cheval afin de ne pas augmenter la compression du pied et
favorisera l’appui en talon.

Des ferrures orthopédiques pourront être mises en place afin d’éviter la traction du perforant (tendon du fléchisseur qui exerce une traction sur la 3ème phalange). Il s’agit de lames en plastique insérées entre les éponges des fers et la muraille.






Des
fers « egg bar » peuvent également être mis en place pour que l’appui se fasse sur la fourchette.


           

Fer en coeur


Si la phalange a basculé,
des plaques permettent de protéger la sole devenue convexe de l’usure et du silicone peut être injecté entre les plaques et la sole pour augmenter l’amortissement.


- Une section du perforant (tendon du fléchisseur) pour supprimer la force de traction sur la 3ème phalange peut être pratiquée dans certains cas de fourbure chronique


- Un traitement homéopathique peut être administré en complément (et non en remplacement) des autres traitements :

Emplâtre de Calendula TM + Echinacea TM : à verser dans la vaseline jusqu'à saturation.

Belladonna 15CH et Hypericum 15CH : 20 granules de chaque produit plusieurs fois par jour pendant 3 à 4 jours puis 10 granules de chaque produit matin, midi et soir pendant 20 jours au minimum pour des sabots très chauds et sensibles, pouls digité (celui du boulet) très élevé.

Arnica 7CH, Pyrogenium 7CH et Hepar sulfur 7CH : plusieurs fois par jour pendant 8 à 10 jours en cas de fourbure liée a une infection.

Silicea 7CH et Calcarea fluorica 7CH (en flacon de 125 ml, ââ qsp, à faire préparer) : 5 ml. par jour pendant 1 mois puis 1 jour sur 2 pendant 1 mois si la 3ème phalange bascule et que le sabot se déchausse.

Arsenicum album 7CH : 1 dose ou 10 granules par jour pendant 1 mois puis 2 fois par semaine + Nux vomica 5CH : tous les jours pendant 2 mois si la fourbure est liée à une surcharge pondérale.

Aconit 7CH : 10 granules le soir, pendant 10 jours environ + Aesculus 5CH : 10 granules le matin, pendant 10 jours environ en cas d’inflammation brutale, aggravée la nuit, et si le cheval est anxieux.

Bryonia 7CH : 5 granules matin et soir si les mouvements aggravent la douleur.

Thuya 9CH : 1 dose par mois pendant 6 mois en cas de passage à la fourbure chronique.

Calacarea fluorica 5CH + Calcarea phosphorica 5CH (en flacon de 152 ml.,ââ qsp) : 2 ml. tous les jours pendant 3 mois.
+Zinc, Cuivre-Or-Argent, Manganèse-Cuivre et Sélénium : 1 oligo-élément différent chaque jour pendant 2 mois.     + Emplâtres locaux à l'argile : 1 nuit sur 2 en cas de fourbure chronique.


- Diète du cheval : Si la fourbure est liée à une surcharge pondérale, le cheval doit être retiré de la pâture pour être mis à la diète.
Les premiers temps, il doit être nourri de foin (vieux), de paille et de son.
Au bout de 4 semaines, la paille sera remplacée par du foin.

Après la crise aigüe, le cheval sujet à la fourbure doit bénéficier d’un régime alimentaire à vie, pauvre en sucres, amidon, et protéines, mais riche en fibres. La réintroduction de céréales (avoine de préférence) n’aura lieu au minimum qu’au bout de 8 semaines de régime.

En dehors de la crise, les chevaux sujets à la fourbure doivent bénéficier d’un régime à vie, pauvre en amidon, glucides et protéines, mais riche en fibre.


La récupération peut être très longue et prendre jusqu’à 12 mois. Le cheval doit rester au repos le plus longtemps possible.


En cas de fourbure chronique, le cheval ne pourra plus être utilisé. Il doit être mis au pré.
Néanmoins les juments pourront continuer la reproduction.

Si des lésions de la sole apparaissent (comme les fourmilières), le pied devra être pansé afin de rester complètement stérile.  

Dans certains cas (douleurs intenses, incapacité à rester debout, décollement complet de la paroi …), l’euthanasie est la seule solution.

Le pronostic de la fourbure est d’emblée grave et réservé.


La mort peut survenir dans les premiers jours, et si le traitement est inefficace au bout de 10 jours, il est fortement compromis.


Le meilleur traitement de la fourbure reste la prévention : hygiène alimentaire, éviction du surmenage, surveillance et soins.


cs


 
 
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