Art 36: Entretien paturage - CARPE

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Article publié en Décembre 2015


Entretien des prairies du cheval



I) Comportement alimentaire du cheval



Une grande capacité d’adaptation alimentaire


Le cheval au pré passe environ 14h/jr à s’alimenter, et consomme entre 50 et 100 kg d’herbe fraîche pâturée/ jour.

Lorsque la disponibilité en herbe diminue ou que l’herbe est de qualité médiocre, le cheval peut augmenter son temps d’ingestion jusqu’à 19h/ jour : le cheval a la capacité d’absorber de plus grandes quantités de fourrages pour compenser une herbe de qualité médiocre, et couvrir ses besoins nutritionnels.

De la même façon, s’il recherche généralement une alimentation riche en graminées, il est capable d’élargir son régime alimentaire pour s’adapter à son environnement.

Grâce à ses incisives, il est également capable de se nourrir d’herbes rases, contrairement aux bovins, par exemple, qui consomment leur pâturage de façon plus « grossière ».




Une consommation « hétérogène »

Le cheval préfère l’herbe jeune, hautement nutritive et riche en protéine,  et peut se montrer très sélectif concernant les herbes ingérées.

C’est pourquoi on observe dans les pâturages des « zones de refus », zones que le cheval aura tendance à négliger et qui ne seront pas pâturées.

Elles sont constituées de mauvaises herbes ainsi que d’herbes trop hautes, déjà montées en graines, et qui ont perdus leur qualité nutritionnelle.  

Dans ces zones de refus, le cheval déposera ses crottins, et ces zones deviendront par conséquent des surfaces contenant de nombreux vers. Si ces vers ont leur intérêt pour l’écosystème, ils peuvent provoquer une sur-infestation du cheval, et c’est pourquoi celui-ci négligera naturellement ces endroits.

Ce comportement sélectif est très différent des bovins, par exemple, qui consomme leur pâturage de façon plus homogène.




II) Pourquoi entretenir son pâturage



Objectifs de la gestion des pâturages

Pour que le pré puisse constituer une réserve de nourriture de qualité et durable, un entretien régulier est nécessaire : élimination des mauvaises herbes, amélioration de la qualité du sol, fertilisation, entretien des clôtures …

Le pré d’un cheval a tendance à se dégrader en l’absence d’entretien, en raison :

- De l’activité locomotrice du cheval : en piétinant les sols, le cheval va dégrader son pré, notamment lorsque la portance (c’est à dire la capacité du sol à supporter le poids du cheval sans s’altérer) diminue, par exemple lorsqu’il est humide.

- Du comportement de pâture du cheval, qui consomme son pré de manière hétérogène, créant les « zones de refus » constituées  de mauvaises herbes.

Sans une gestion du pâturage, on observe donc dans le pré des zones où les sols s’épuisent à force d’être consommés et des zones gaspillées où les mauvaises herbes auront tendance à se développer.

Les types d’herbes recherchés sont :
- les graminées :ray grass, agrostides, houlque laineuse, pâturin….,
- les légumineuses:trèfles, sainfoin, luzerne … fourragères.

Ce sont ces plantes qui apporteront les nutriments nécessaires à l’animal. Néanmoins, la composition naturelle des prairies varie en fonction des régions.


     
Ray grass




  
Agrostide




Houlque laineuse



  
Paturin



Ray grass et trèfle


  
Sainfoin


  
Luzerne




La gestion de la pâture a donc pour objectif de rendre sa consommation la plus homogène et durable possible.




La problématique du « chargement »


Le « chargement » représente le nombre d’animaux par hectare de prairie sur une unité de temps. Elle s’exprime en UGB/ha, c’est-à-dire en nombre d’animaux  (UGB = Unité gros bétail) par hectare de terrain pendant une année.

Le surpâturage est le premier facteur de dégradation d’un pâturage : Les sols s’abîment lorsque les chevaux pâturent dans une herbe courte (en deçà de 3-4 cm) car le piétinement va arracher complétement l’herbe rase, qui aura plus de mal à repousser : des zones complétement désherbées apparaissent.

Bien entendu, c’est la qualité de la prairie et la saison qui déterminera le chargement : celui-ci peut aller de 0.7 à 2 chevaux par hectares pour des prairies de qualité moyenne et jusqu’à 3 chevaux par hectare pour des prairies de bonne qualité: au-delà, les chevaux sont en surnombre.

De la même façon, lorsque le pré est « surdimensionné » par rapport au chargement, certaines herbes non consommées vont produire des graines ; elles ne seront alors plus consommées, délimitant là encore des zones de refus, qui vont avoir tendance à s’agrandir au cours du temps.



Le principe du pâturage tournant

La vitesse de pousse de l’herbe est différente suivant les saisons : explosive au printemps, elle se raréfie lorsque les températures sont trop basses, trop hautes, ou pendant les périodes sèches. En moyenne, le temps de repousse est de 20 à 25 jours au printemps, 30 à 40 jours au début de l’été, et environ de 50 jours en été et en automne.

C’est pourquoi pour une même parcelle, la quantité d’herbe peut être, en fonction des saisons, trop élevée ou trop faible pour le même nombre de chevaux.

Pour éviter le gaspillage ou le manque d’herbe, on adopte donc la technique du pâturage dit « tournant » , en divisant la pâture en 3 à 5 parcelles et en déplaçant les chevaux régulièrement , ce qui permet de faire repousser l’herbe sur une parcelle alors que les chevaux se nourrissent sur une autre : cela permet d’avoir toujours une herbe fraîche à disposition.
Les chevaux sont déplacés lorsque l’herbe se raréfie et atteint une hauteur de 3- 4 cm dans une parcelle tandis que la prochaine possède une herbe au moins haute de 7 cm, sans toutefois dépasser les 15 cm : au-delà de 15 cm, l’apport nutritif de l’herbe est moindre (l’herbe jeune est plus riche) et déjà trop avancée, ce qui va entraîner la montée en graines des herbes et donc la survenue de zones de refus.

Au-dessous de 3 cm, le pré est considéré comme sur pâturé.

Il est indispensable de ne pas laisser le cheval pâturer ses refus, car il ingérerait alors des plantes toxiques et s’infesterait des larves de parasites éliminés dans ses crottins.

Au printemps, l’herbe pousse très  vite,  et la totalité de l’herbe ne sera pas consommée. Afin d’éviter le gaspillage,  le fauchage d’une surface qui ne sera pas consommée peut constituer une réserve de foin pour l’hiver. Le fauchage doit respecter la même règle que lors du pâturage tournant : il faut laisser environ 5 cm d’herbe afin de favoriser sa repousse.
Permettre au sol de se reposer en hiver est bénéfique : avec l’humidité, la portance (c’est-à-dire la capacité du sol à supporter le poids des chevaux sans s’altérer)  diminue et les sols se dégradent plus vite lorsqu’ils sont piétinés. Une période minimale de 3 mois pendant l’hiver est recommandée afin de préserver les sols. Si les chevaux sont laissés au pré pendant l’hiver, cette période de repos sera effectuée au printemps.

On peut également en hiver laisser les chevaux pâturer sur une très grande surface, évitant ainsi un piétinement excessif.



III) La fertilisation du sol


Engrais organique et engrais minéral


Afin d’effectuer sa croissance, l’herbe va utiliser les éléments nutritifs du sol comme l’azote, les oligo- éléments ….
Mais au fil du temps, ces éléments nutritifs tendent à s’appauvrir et il est alors nécessaire d’apporter au sol les engrais nécessaires.

Les engrais minéraux sont des substances d’origine minérale, qui apportent aux plantes des substances directement assimilables comme l’azote, le phosphore ou la potasse. Ils sont généralement issus de l’industrie chimique.

Les engrais organiques libèrent les éléments nutritifs progressivement. Ce sont des produits généralement d’origine naturelle, constitués de matière première végétale ou animale. Le fumier, engrais organique est très bénéfique car il permet de nourrir la faune du sol (dont le rôle est primordial pour la formation du sol, son équilibre et son évolution) : on parle de fertilisation organique.

Il est possible de demander auprès des chambres agricoles une analyse des sols afin d’apporter le fertilisant adéquat et de connaître le pH de la terre.

En effet, si le sol se révèle trop acide pour assurer une repousse correcte de l’herbe, il est nécessaire de rééquilibrer le pH en épandant un amendement calcaire. Celui-ci se fait généralement à l’automne.

L’épandage de fumier et d’engrais doit se faire avant la repousse de l’herbe du printemps, c’est-à-dire entre mi- février et mi- mars. Ainsi, l’herbe pourra bénéficier des éléments nutritifs indispensable à sa bonne croissance.
Après avoir effectué un épandage, il faut attendre un mois avant de faire pâturer à nouveau les chevaux sur la parcelle concernée.

Lorsque la pâture a été détériorée et que des zones sont complétement désherbées, il faut procéder à un re- semis avec un mélange prairial.



IV)Désherbage des zones de refus



Les mauvaises herbes vont  constituer dans les prairies des « zones de refus », que le cheval ne consommera pas. C’est pourquoi il est préférable de les éliminer.

Après fauchage, il s’agit d’appliquer des désherbants non polluants.

A noter que des moutons, qui mangent une grande partie des herbes que les chevaux refusent, peuvent être mis à pâturer en même temps. Les bovins sont également moins sélectifs et peuvent être utilisés pour éliminer les zones de refus.

Le pâturage mixte avec des ovins ou des bovins peut se faire de manière simultanée, ou en faisant pâturer  les ovins/ bovins entre 2 périodes de pâturage par les chevaux dans le cas des pâturages tournants.

Le désherbage des mauvaises herbes doit être effectué avant sa floraison, c’est-à-dire avant que ne se forme des graines qui vont multiplier ces herbes.



V) Entretien des clôtures

Les clôtures doivent être régulièrement vérifiées et entretenues afin d’éviter tout accident ou fuite des chevaux.

Si des haies sont utilisées comme clôture, il faut procéder une fois par an à leur élagage afin d’éviter qu’elles ne se développent trop. La meilleure période pour effectuer cette opération est l’hiver, pendant la période de repos de la plante.



VI) En résumé, entretien des prairies par saison


Printemps
Février- Mars : analyse des sols, épandage de fumier, d’engrais et / ou d’amendements calcaire
Avril- Mai : élimination des mauvaises herbes dans les zones de refus .
Pratiquer la technique du pâturage tournant et faucher l’herbe qui ne sera pas consommée.


Eté
Pratiquer le pâturage tournant


Automne
Septembre – Octobre : Elimination des mauvaises herbes dans les zones de refus
Pratiquer le pâturage tournant


Hiver
Entretien des clôtures et des haies.



VII) Lexique


Adventice
: Se dit d’une plante qui pousse spontanément et est nocive pour une prairie car elle entre en compétition avec les autres plantes, notamment pour ses besoins en eau, lumière, nutriments du sol …

Amendement : Opération ou substances destinées à amélioration la qualité du sol.

Chargement : nombre de chevaux sur une période donnée et  sur un hectare.  

Elagage : Action qui consiste à couper sélectivement des branches d’un arbre.

Epandage : Action de répandre des engrais, pesticides ou amendements sur le sol.

Faune du sol : Organismes de petite taille du monde animal qui utilisent le sol comme abri ou habitat. En moyenne, 1 mètre carré de sol de prairie abrite 260 millions d’animaux.  

Graminées : Famille de plantes, aussi appelée Poacées, regroupant 12000 espèces. La plupart des plantes qualifiées communément « d’herbe » ou de céréale appartiennent à la famille des graminées, au même titre que le bambou. Les graminées sont notamment riche en azote.

Hectare : Unité de mesure de superficie équivalent à 10000 m² (100 m X 100 m).

Légumineuses : Famille de plantes, aussi appelée Fabacées, dont les espèces peuvent être des plantes herbacées, des arbustes, des arbres ou des lianes.  Elles ont une haute teneur en protéines et acides aminés essentiels.

Portance : Aptitude d’un sol à supporter des charges

Zone de refus : Zone d’une prairie non pâturée, constituées de plantes que le cheval refuse de manger et où il dépose généralement ses crottins.


CS


 
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