Art 7 : les coliques - CARPE

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Article publié en mai 2014

                                                                                                                                                                                                                               
Les coliques


Cet article se voulant le plus complet possible, il contient un certain nombre de termes techniques et d’informations. Afin de le rendre plus facile à lire pour tous, certains de ces détails, descriptions ou schémas n’apparaitront que si vous cliquez sur le lien : tous les mots soulignés feront apparaitre une nouvelle fenêtre contenant des détails si vous cliquez dessus.



                      I)    Introduction- Epidémiologie
                        II)    Symptômes
                       III)    Anatomie du tube digestif chez le cheval
                        IV)    Incidences des coliques suivant leur localisation
                         V)    Les différentes causes de coliques
                        VI)    Les différentes coliques en détail
                       VII)   Traitement
                      VIII)   Conduite à tenir
                        IX)    A ne pas faire
                         X)    Prévention des coliques
                        XI)    Facteurs de risque




I) Introduction


On désigne sous le terme de coliques l’ensemble des troubles provoquant une douleur abdominale chez le cheval : la colique n’est pas une maladie, c’est un symptôme, et les causes en sont nombreuses. Le plus souvent, l’origine de cette douleur se situe au niveau du tube digestif.

En effet, le cheval, malgré son aspect robuste, possède un système digestif fragile, et ceci est notamment lié à la présence de nombreuses terminaisons nerveuses au niveau des intestins  qui réagissent à la moindre anormalité.

Les coliques sont encore aujourd’hui la première cause de mortalité chez le cheval. Cependant, avec les progrès de la médecine vétérinaire, de plus en plus de chevaux y survivent.

L’important est d’agir rapidement ; toutes les coliques doivent être prises au sérieux, car il est difficile de différencier une colique légère d’une colique grave.

On désigne sous le terme de «coliquard » un cheval qui a tendance à faire souvent des coliques.




II)Symptômes



On peut observer différents signes de colique. Le plus fréquemment, le cheval :

- gratte le sol des antérieurs,

- se regarde le ventre,

- s’agite,

- se couche ou se roule, ou prend une position de chien assis ou alors se couche et reste sur le dos.


On peut aussi observer un cheval qui :

- se cogne le ventre avec un postérieur, se mord le ventre,

- étire sa tête et son cou,

- a une respiration rapide,

- transpire de façon inappropriée ou excessive,

- perd l’appétit, le cheval parfois joue dans son eau,

- ne produit pas de crottins,

- ne produit plus de bruits digestifs,

- parfois le cheval prend la position habituelle pour la miction: cela est dû à la présence d’une anse intestinale dilatée dans le bassin.

- Dans les coliques par obstruction, les crottins sont émis avec beaucoup de difficultés et recouverts par un mucus épais. Le cœur est accéléré et les muqueuses sont rouges.

Parfois, le seul signe, est un cheval « qui n’est pas dans son assiette » ; Seules les personnes qui connaissent bien le cheval pourront juger du fait qu’il n’a pas une attitude normale.

Attention, il faut se débarrasser des clichés :
un cheval qui mange peut être en colique, tout comme un cheval qui émet des crottins.

L’état de choc, signe de gravité extrême se manifeste par :

- La fréquence cardiaque  très élevée (elle peut atteindre 120 pulsations / minute),

- Les muqueuses sont violacées et/ ou congestionnées,

- Le cheval est apathique, indifférent aux stimuli extérieurs,

- Il semble ne plus ressentir la douleur : on parle de douleur dépassée.


III) Anatomie du tube digestif chez le cheval







Pour comprendre les différents troubles qui peuvent affecter le système digestif du cheval, il faut connaître son anatomie et ses spécificités :





Il est petit, comparé au volume du cheval : il n’excède pas les 15 litres.  
               
A son entrée, le cardia,
sphincter très puissant, empêche toute régurgitation de liquide ou de gaz :  le cheval ne peut pas vomir.
Ainsi, s’il absorbe une trop grande quantité d’aliments, son estomac se distend, provoquant une grande douleur.

L’estomac est, de plus, souvent touché par des ulcères, notamment chez le cheval stressé.


  • L‘intestin grêle :


24 mètres en moyenne, suspendu dans la cavité abdominale par le mésentère, riche en vaisseaux sanguins.

Les coliques provoquées par des atteintes de l’intestin grêle sont très graves ; elles peuvent résulter d’une torsion autour du mésentère, d’une lésion d’un vaisseau par des parasites, d’un excès alimentaire, d’une infection.

Elles peuvent aussi provenir chez l’étalon du passage d’une portion d’intestin grêle dans le testicule (hernie inguinale).

  • -Le caecum :


Gros réservoir de 35 litres en moyenne, qui reçoit l’intestin grêle : c’est à cet endroit que le fourrage est digéré.

Il est fixé à la partie droite du flanc.

Des coliques peuvent être provoquées par un excès de fermentation provoquant une dilatation, par un excès alimentaire ou par une torsion.


  • Le colon :


8 m pour 100 L.

Certaines portions du colon sont rétrécies, et une quantité alimentaire trop importante peut provoquer à ces endroits des bouchons (fréquent chez les chevaux qui mangent de grandes quantités de paille ou qui manquent d’exercice).  

Le colon peut lui aussi se déplacer et se tordre. On peut y trouver aussi une grande quantité de sable ingurgitée, chez des chevaux vivant sur des terrains sablonneux.

Il peut également  se déplacer et aller s’accrocher au dessus de la rate.





VI)Fréquences des coliques suivant leur localisation








V)Les différentes causes de coliques



Il existe de nombreuses causes aux coliques, elles peuvent être classées en 4 grands groupes :



1) Les dysfonctions intestinales

Ce sont les plus communes.

Elles correspondent à des dysfonctionnements de la « motilité » intestinale : spasme, gonflement lié à des gaz, impaction fécale ( = constipation) ,iléus ( =  arrêt du transit intestinal).

Généralement, le traitement de ces coliques est médical.


2) Accidents intestinaux

Ils correspondent aux déplacements et aux torsions de l’intestin : L’intestin peut venir se coincer entre 2 organes.

En effet, la particularité du tube digestif du cheval est qu'il comporte peu de points d’attache, il est particulièrement « flottant «  dans la cavité abdominale.

Souvent, ces accidents surviennent chez des chevaux ayant une prédisposition anatomique à l'apparition de ces troubles.

Le traitement est presque toujours chirurgical et doit être rapide.



3) Inflammation et ulcères

Ils peuvent être liés au stress (auquel le cheval est particulièrement sensible), à une infection, aux parasites intestinaux (vers), à des médicaments.



4) Autres causes, origine non intestinales  

Ce sont les coliques d’origine rénale, les atteintes de l’utérus, un début de fourbure, un «  coup de sang «  provoquant des crampes musculaires, les atteintes de l’ovaire, de la vessie …



VI) Les différentes coliques en détail


  

 


 




















 







       










VII) Traitement


Le facteur primordial est la rapidité d’intervention ( voir le chapitre «  Conduite à tenir »).

Les coliques étant courantes, on a souvent tendance à en minimiser la gravité, notamment chez les « coliquards ».

Selon l’origine des coliques, le traitement sera médical ou chirurgical.

Dans la majorité des cas, la prise en charge sera faite par le vétérinaire, avec des traitements analgésiques et laxatifs adaptés et sans avoir recours à des soins intensifs ou chirurgicaux.


Gestion de la douleur



Il est nécessaire d’être prudent quand à la gestion de la douleur : en effet, elle peut être révélatrice d’une complication grave et l’analgésie ne doit pas entrainer de retard dans la prise en charge de l’animal : en cas de colique grave, plus le délai sera long entre l’apparition des premiers symptômes et la chirurgie, plus le taux de survie est faible.

Ainsi, il est nécessaire d’utiliser en première intention des antalgiques de faible durée d’action afin de suivre l’évolution des symptômes.

C’est pourquoi votre vétérinaire prescrira souvent  la dipyrone (calmagine@), qui est un traitement de choix dans le cas des coliques spasmodiques : antalgiques d’action modérée  et de courte durée (2 à 3h), il ne masque généralement pas la survenue de complications graves.

La xylazine est également utilisée par les vétérinaires car, si elle a une action puissante, elle est de courte durée. Elle peut donc soulager un cheval qui présente de grandes douleurs sans toutefois masquer les symptômes trop longtemps.

Pour ces 2 produits, la récidive des coliques dans les 4 h peut être un signe de pathologie grave nécessitant peut être un geste chirurgical.


Traitement classique des coliques bénignes

Pour des coliques bénignes, le cheval est mis à la diète.

Il est conseillé de le laisser déambuler pour favoriser le transit, et de lui administrer des antalgiques  pour le soulager de la douleur ( sur prescription du vétérinaire, qui choisira souvent  la calmagine@ ou novalgine@, aussi appelées  dipyrone ou noramidopyrine ).

La normalisation de l’état du cheval se traduit par une disparition de la douleur, la réapparition de bruits digestifs normaux, et l’émission de crottins.


Cas des coliques graves

Dans certains cas, notamment en cas de signes de choc, le cheval devra être transporté dans une unité spécialisée : il y sera mis sous perfusion, réhydraté, une sonde peut permettre l’évacuation de gaz, d’aliments ou de liquides …

Les critères de gravité, nécessitant la prise en charge du cheval en milieu spécialisé sont :

1- Douleur aigue et intense, s’aggravant rapidement et ne répondant plus aux analgésiques  de faible puissance et de courte durée d’action.

2- Distension abdominale progressive des flancs.

3- Forte diminution ou disparition des «  bruits digestifs «  (les borborygmes digestifs sont les bruits perçus à l’auscultation abdominale) .

4- Distension intestinale gazeuse du colon et surtout de l’intestin grêle (découvert par le vétérinaire au fouiller rectal) ou tout autre signe d’une obstruction complète du tube digestif.

5- Reflux gastrique supérieur à 4L (diagnostiqué par le vétérinaire grâce à la pose d’une sonde naso- gastrique).

6- Absence de reprise du transit digestif dans un délai « raisonnable »

Si le cheval présente un ou 2 de ces 6 signes, il faut le transporter d’urgence dans une structure spécialisée.


Chirurgie


Enfin, un geste chirurgical peut s’imposer.

L’intervention chirurgicale concerne notamment :
- Les torsions,
- Les déplacements du tube digestif  importants,
- Les hernies inguinales.

Elle est nécessaire dans moins de 10% des cas.

Le ventre est incisé, l’intestin extériorisé : si les tissus ont souffert, ils peuvent être nécrosés : il faudra alors retirer ces tissus.

A la suite de l’intervention, le cheval est laissé au box  la durée nécessaire à la cicatrisation, avec une promenade quotidienne.

Les complications sont malheureusement  fréquentes : « lâchage de sutures », infection, absence de reprise du transit, fourbure …

Le taux de survie après un traitement chirurgical des coliques est de l’ordre de 55%. C’est donc une opération risquée. Mais les chances de guérison spontanée en cas de nécessité chirurgicale sont de moins de 1%.

Le facteur primordial est la rapidité d’intervention qui augmente les chances de survie du cheval.


Adjuvant au traitement

L’homéopathie en association du traitement prescrit par votre vétérinaire peut diminuer le risque de coliques : se référer au livre « Homéopathie et cheval » de J. Pecker et MN . Issautier, qui est la bible des traitements homéopathiques.








VIII) Conduite à tenir




1) Enlever toute nourriture


En effet, toute ingestion de nourriture peut aggraver un bouchon, ou provoquer une rupture de l’estomac (le cheval possédant un sphincter très puissant à l’entrée de l’estomac nommé cardia, il ne peut pas vomir).

Le cheval peut être muni d’un dispositif l’empêchant de manger mais lui permettant de boire, appelé panier.






2) Faites marcher votre cheval ( ou pas ...)


Cela n’est pas nécessaire s’il reste calme. Mais s’il s’agite et se roule, la marche peut l’aider à soulager sa douleur et le distraire.
En effet, en se roulant, le cheval peut déplacer certaines portions mobiles de son intestin. De la même façon, évitez de le laisser « s’écrouler » par terre, ce qui peut provoquer un éclatement en cas d’obstruction, ou une rupture diaphragmatique, malheureusement fatales.  

Évidemment, laissez le se reposer pendant la marche, et observer le : si la marche peut améliorer les symptômes dans la plupart des cas, elle peut être très douloureuse en cas de torsion de l’intestin.
Ne le forcez donc pas à marcher s’il s’y refuse.

Consulter votre vétérinaire qui vous dira quoi faire si la marche se montre trop difficile pour le cheval.  

Attention au cheval qui peut être trop agité : ne vous mettez pas en danger.


3) Réunissez certaines informations avant d’appeler votre vétérinaire :









Si la colique nécessite un traitement chirurgical ou un traitement médical lourd, il faudra emmener votre cheval dans un hôpital vétérinaire.
Anticipez en vous assurant que vous disposez d’un moyen de transport pour cotre cheval.

Dans tous les cas, appelez votre vétérinaire en urgences et rappelez vous qu’il n’y à pas une colique mais des coliques. Il est donc difficile d’appliquer à tous les cas le même traitement.
Un traitement inadapté peut être inefficace ou très néfaste.

Soulager la douleur permet d’éviter que le cheval ne se blesse en s’agitant, et prévient les complications.
Appeler votre vétérinaire afin qu’il vous conseille.
Selon la symptomatologie, le vétérinaire peut vouloir examiner votre cheval avant l’administration d’antalgiques qui viendront masquer les symptômes.
Certains antalgiques sont déconseillés dans le traitement des coliques, c’est pourquoi il convient toujours d’appeler le vétérinaire, même si votre cheval fait régulièrement des coliques ou si vous avez vous même l’habitude de gérer un cheval atteint de coliques.

En attendant le vétérinaire, bouchonnez et couvrez le afin qu’il ne se refroidisse pas (sauf s’il a de la fièvre, bien entendu).

L’état du cheval doit être réévalué toutes les 2 à 4h : S’améliore-t-il ? Des signes de complications apparaissent ils ?


IX) A ne pas faire


- Ne pas donner de médicaments à votre cheval sans en parler à votre vétérinaire : certains antalgiques (anti- douleurs) peuvent masquer les signes d’une colique grave).

-
Ne pas administrer de traitement par sonde gastrique sans la présence de votre vétérinaire : une sonde gastrique mal posée peut se retrouver dans les voies respiratoires et provoquer une pneumonie qui peut être mortelle.

-
Ne pas attendre pour voir « si ça passe » !!! La rapidité d’intervention est primordiale pour la survie du cheval atteint de coliques.



X) Prévention des coliques


- Maintenir une alimentation stable : tout changement d’alimentation doit être réalisé graduellement.

- Fractionner les repas : le cheval doit avoir du foin à volonté (le cheval doit en manger l’équivalent de 1% de son poids par jour)  et les repas complémentaires (grains, mash …) doivent être donnés en petites quantités, plusieurs fois par jour.


- Le nourrir en fonction de son activité ; seuls les chevaux qui travaillent et ceux qui ont tendance à maigrir doivent être complémentés en grain. Cette ration de grain ne doit pas excéder 40% de l’apport alimentaire. En effet, le système digestif du cheval est conçu pour digérer l’herbe et le foin. Les grains contiennent beaucoup d’amidon, qui peut s’accumuler dans le tube digestif.

- Conserver des habitudes stables (heure des repas …)


- Maintenir de l’eau propre à volonté (tiède en hiver, fraîche en été). Penser que le foin et les compléments alimentaires sont beaucoup plus secs que l’herbe verte pour laquelle le tube digestif du cheval est adapté.


- Maintenir un exercice régulier, qui favorise le transit digestif, et éviter des exercices trop violents après une longue période en box.


- Vermifuger régulièrement votre cheval, avec un  produit adapté selon la saison. 90% des coliques seraient liées au parasitisme


-  Vérifier les dents et programmer une visite dentaire annuelle. Une mauvaise dentition ou des surdents qui rendraient la mastication douloureuse peuvent être à l’origine d’une ingestion d’aliments mal mâchés et donc potentiellement obstructifs.


- Eviter l’ingestion de sable en déposant le foin par terre, surtout dans les régions sablonneuses.

- Eviter les ulcères de stress en administrant des anti ulcéreux lors des périodes à risque (compétitions, transport …).


-
Administrer éventuellement des prébiotiques et des probiotiques lorsque votre cheval a des antécédents de coliques (en favorisant la flore intestinales, ils permettent une digestion efficace).

- Ne pas donner de grandes quantités d’eau après un grand effort : donner au cheval seulement quelques gorgées puis attendez le retour au calme pour le désaltérer.


- Attention à la paille, certains chevaux ont tendance à la manger, surtout en hiver.


XI)Facteurs de risque

Les principaux facteurs de risque statistiquement établis sont :

- Les conditions de vie : les coliques sont d’autant moins fréquentes que la superficie de terrain sur lequel il vit est élevée, et augmentent avec le nombre de chevaux à l’hectare.


- Un changement de conditions de vie (comme la mise au box) est corrélée à un plus grand risque de coliques.


- Laisser son cheval plus de 50% de son temps en box est un facteur de risque.


- Une diminution de l’exercice dans la semaine précédent la survenue des symptômes est régulièrement décrite.


- Les chevaux ne recevant pas de vermifuges régulièrement présentent un plus grand risque de colique. Mais l’administration d’un vermifuge dans la semaine précédant la survenue des symptômes est un facteur de risque.


- Des modifications climatiques dans les 3 jours précédents  peut être en corrélation avec la survenue de coliques.


- Un changement d’alimentation, et notamment dans les 2 semaines précédent la crise sont également un facteur de risque.


- Les chevaux vivant au pré et ne recevant rien d’autre ont statistiquement moins de coliques que les chevaux recevant du grain.


- Un cheval qui a fait des coliques a 6 fois plus de chances d’en refaire.


- Les pur- sang, arabes et chevaux de selle sont particulièrement prédisposés.


- Les étalons et les hongres sont le plus souvent touchés.


- Les chevaux atteints de tics (résultant généralement d’ennui et de manque d’activité physique) et de pica (donc d’ingestion de terre et de sable) sont plus à risque que les autres.


                                                                                                                                                                                                                                                                CS

 
 
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