Art 9: l'oeil du cheval - CARPE

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L'Œil du cheval





I) Anatomie

II) Champ visuel

III) Acuité visuelle et accommodation

IV)Vision nocturne

V) Vision des couleurs

VI) Pathologies de l'oeil

VII) Soin des yeux

VIII)Le cheval aveugle



La connaissance de la vision du cheval est indispensable pour comprendre certains de ses comportements comme sa vie au pré et en box, ses réactions  lorsqu’il est monté,  ses comportements de défense et de fuite, ses réactions lorsqu’il monte dans un van, …



I) Anatomie



Le cheval est l’animal qui possède l’œil le plus volumineux par rapport à son poids.

-  
L’orbite est la cavité dans laquelle est logé l’œil ; elle le protège des traumatismes.

-  La paupière protège l’œil et permet d’étaler sur celui-ci le film lacrymal, sorte de gel qui permet d’hydrater l’œil.

- Ce film lacrymal est secrété par 4 glandes différentes, reparti sur l’ensemble de l’œil par les paupières, puis éliminé par
les canaux lacrymaux.

L’œil est ensuite  composé de plusieurs couches et de plusieurs compartiments :

-
La cornée est la première couche du globe oculaire. C’est cette couche fragile qui nécessite d’être constamment hydratée par le film lacrymal.

- Derrière la cornée se trouve un compartiment contenant
l’humeur aqueuse, gel transparent constamment filtré et renouvelé. L’équilibre entre sa production et son élimination détermine une certaine pression (pression intra oculaire, qui est chez le cheval comprise entre 14 et 22 mmHg). Un défaut d’élimination provoque une hypertension intra oculaire, appelée glaucome.

- En arrière du compartiment renfermant l’humeur aqueuse se trouve
l’iris : cet organe est coloré (il donne la couleur des yeux). Il varie du doré au marron en passant par le bleu. Certains chevaux ont également les 2 iris de couleurs différentes, on parle d’hétérochromie, ou plus communément de cheval aux yeux vairons.


Cheval aux yeux vairons

- L’iris est percé en son centre :il s’agit de la pupille, qui laisse passer la lumière vers l’arrière de l’œil.
Selon les émotions et la luminosité ambiante, la pupille se dilate (mydriase) ou se rétracte (myosis).

- En arrière de l’iris et de la pupille, on trouve
le cristallin, sorte de lentille qui permet de concentrer et diriger la lumière vers la rétine, c’est-à-dire la zone ou le signal lumineux sera transformé en signal électrique pour être transmis au cerveau. Grace aux muscles qui l’entourent, cette lentille peut changer de courbure afin de s’adapter à la distance où  se trouve un objet afin qu’il soit vu nettement : c’est ce qu’on appelle le phénomène d’accommodation, qui permet de voir le plus nettement possible un objet quelle que soit sa distance.

- Entre le cristallin et le fond de l’œil, on trouve un compartiment contenant
l’humeur vitrée, gel transparent qui occupe 90% du volume de l’œil.

-
La rétine est une membrane épaisse qui tapisse le fond de l’œil. Elle est composée de cellules dites « photo réceptrices », les cônes et les bâtonnets, qui permettent de distinguer une lumière qui parvient jusqu’à eux. La rétine transforme ce signal  "lumineux"en  signal "électrique"qui sera ensuite transmis au cerveau.

- Les bâtonnets assurent la vision de nuit.
- Les cônes sont de 3 sortes, et captent les 3 couleurs de bases (rouge, bleu et jaune).

-
Le nerf optique transporte l’information visuelle au cerveau où elle sera analysée.



Champ visuel


L’œil du cheval est situé, comme pour toutes les proies, sur le côté de la tête ,contrairement aux prédateurs dont les yeux sont situés à l’avant de la tête : cela lui permet d’avoir une vision plus large (et ainsi de pouvoir repérer les prédateurs) car son champ de vision monoculaire (d’un seul œil) est très étendu.

Chaque œil possède une vision à 146°, ce qui lui donne un champ de vision de 340° sur les 360° qui l’entourent. La
vision binoculaire, c’est-à-dire ce qu’il voit avec les 2 yeux en même temps couvre un champ de 65 °.




L’inconvénient de la position latérale des yeux est que le bout de son nez fait écran a sa vision frontale : le cheval, selon la position de sa tête ne peut pas voir une zone allant jusqu’à 2 m devant lui.








Zone aveugle frontale


Cette notion est importante à comprendre, notamment pour le saut d’obstacle:  Pour bien voir l’obstacle, le cheval doit relever la tête afin de bénéficier de sa vision binoculaire ( ou stéréoscopique) sur l’obstacle. Il tourne parfois la tête afin de voir cet obstacle, ne serait-ce que d’un œil.  

S’il est « sur la main », c’est-à-dire que son chanfrein forme un angle de 90 ° avec le sol, le cheval ne verra que le sol.  
S’il est encapuchonné, il ne verra que ses pieds et pas du tout l’obstacle qui se présente devant lui. C’est pourquoi l’encapuchonnement est considéré comme un geste de maltraitance.

Lorsque le cheval pâture, sa tête est à la verticale ; il possède alors une zone aveugle juste en haut de son front, mais peut voir arriver de loin les prédateurs grâce à son vison monoculaire.

Pour fixer un objet précis au loin, il relève alors la tête, et peut se servir de sa vision binoculaire (stéréoscopique) : cette zone aveugle est rejetée vers le haut.

Le cheval ne voyant pas le bout de son nez, il apprend à attraper une friandise qu’on lui tend par mordillement. Cette notion est importante dans son éducation, pour ne pas que le cheval se transforme en mordeur.

Néanmoins,  le cheval possède pour compenser des «
vibrisses »c’est-à-dire de longs poils sur le bout de son nez, extrêmement tactiles, qui lui permet d’identifier ce qu’il ne peut pas voir.

En plus de l’angle mort formé devant son front, le cheval possède un angle mort juste derrière lui, c’est pourquoi il est indispensable de lui parler pour se signaler lorsqu’on passe derrière lui  sous peine de l’effrayer et de déclencher chez lui une réaction de défense comme une ruade.

Enfin, notons que la pupille du cheval est horizontale (contrairementà celle du chat par exemple, qui est verticale) : cela lui permet d’avoir une bonne vision panoramique, même lorsque la pupille est rétractée ( le
myosis, c’est-à-dire la rétraction de la pupille a lieu lorsque la lumière est intense).



                      


Cheval                                                               Chat



III) Acuité visuelle et accommodation


L’acuité visuelle est la capacité de voir un petit objet situé le plus loin possible.

L’acuité visuelle du cheval est 0.6 fois celle de l’être humain, 1.5 fois celle du chien et 3 fois celle du chat c’est-à-dire que sa faculté à percevoir les objets éloignés avec netteté est bien moindre que celle de l’homme mais bien meilleure que celle du chien ou du chat.

Leur pouvoir d’accommodation (c’est-à-dire la capacité de changer la forme de leur « lentille »,  le cristallin, pour avoir une vision nette d’un objet quel que soit sa distance) est très limité : le cheval aura tendance à bouger la tête pour faire apparaitre l’objet qu’il veut regarder dans la partie nette de son champ de vision.

On a longtemps avancé que les chevaux n’avaient pas la vision de la profondeur. Cette idée est fausse : même si cette capacité est bien moindre que celle de l’humain (car pour obtenir les impressions de profondeur, il faut se servir de la vision stéréoscopique, c’est-à-dire des 2 yeux), elle est pourtant suffisante pour que le cheval puisse juger de la hauteur et de la profondeur des obstacles qu’il aura à franchir.
Les prédateurs possèdent une vision de la profondeur beaucoup plus nette car leurs yeux étant situés sur l’avant, le champ de vision binoculaire (avec les 2 yeux) est beaucoup plus large.

Lorsque le cheval fait jouer sa vision binoculaire, on peut voir ses oreilles se diriger vers l’endroit qu’il regarde.

On considère que chez les poulains, la vision est suffisante très rapidement car on remarque que l’animal en bonne santé se cogne peu dans les premiers jours de sa vie.


IV) Vision nocturne


L’œil possède 2 types de récepteurs au niveau de la rétine, les bâtonnets et les cônes.

Les cônes servent dans la lumière vive et les bâtonnets dans l’obscurité.

Le cheval possède 20 fois plus de bâtonnets que de cônes: il possède donc une bonne vision crépusculaire(dans l’obscurité).

Il a cependant été montré que le cheval préfère vivre dans des zones éclairées et qu’ils ont peur du noir : les chevaux à qui on a appris à allumer la lumière de leur box le font volontiers.

Le cheval possède en outre une couche réfléchissante à l’intérieur de l'œil, qui permet de faire « rebondir »une partie de la lumière qui pourrait être perdue : on appelle cette couche réfléchissante le
tapetum lucidum ; c’est elle qui est responsable de la réflexion de l’œil dans la nuit lorsqu’il est éclairé, par exemple par des phares.
C’est pourquoi on estime que le cheval doit pouvoir voir dans l’obscurité bien mieux que l’être humain, même si il n'y distingue pas bien les détails.

Le passage d’une vision de jour (diurne) à une vision de nuit (nocturne) se fait lentement car les bâtonnets doivent progressivement s’adapter : quand un cheval à la lumière du jour doit rentrer dans un van, il est probable que celui-ci représente pour lui un « trou noir ».
C’est pourquoi les chevaux ont naturellement peur de monter dans un van.
Un van éclairé de l’intérieur, permet de faciliter l’embarquement, tout comme le fait de laisser le temps aux yeux du cheval de s’habituer à l’obscurité.



V) Vision des couleurs


La vision des couleurs chez les animaux est difficile à établir même si on sait aujourd’hui que les chevaux voient le monde en couleur.

La vision de couleurs est liée aux cônes.

La plupart des êtres humains possèdent 3 types de cônes(qui distinguent le rouge, le bleu et le jaune).
Cependant, certains d’entre eux ne possèdent que 2 types de cônes : ils pourront toujours voir les couleurs, mais auront des difficultés à distinguer 2 couleurs, comme le rouge et le vert par exemple.

Le cheval, lui aussi ne possède que 2 types de cônes(le cône « rouge »est absent). Il verra donc le monde en couleur, mais a probablement certaines difficultés à distinguer certaines couleurs l’une de l’autre, comme le rouge et le jaune par exemple.






Quoi qu’il en soit, même si pour le cheval 2 couleurs seront difficiles à différencier, il verra l’une de ces couleurs plus foncée que l’autre.

Sa vision s’apparente donc à celle des personnes atteintes de
dyschromatopsie (pathologie appelée communément daltonisme).

Comprendre comment voit le cheval peut aider à le comprendre .

En effet, même si nous avons l’habitude de considérer que tous les êtres humains voient le monde de la même façon, il est indispensable de connaitre les différences anatomiques du cheval pour mieux comprendre ce qu’il voit et ainsi comprendre certaines de ces réactions.


VI) Les Pathologies de l'oeil

Les pathologies de l’œil sont nombreuses, et le moindre doute nécessite une consultation de votre vétérinaire car les affections de l’œil peuvent être très grave et provoquer des séquelles irréversibles, voire la cécité complète de l’animal.

De plus, les lésions oculaires sont très douloureuses, et, s’il est important de les traiter rapidement pour éviter les séquelles et accélérer la guérison, la lutte contre la douleur est aussi très importante et doit être effectuée  rapidement.
Certains produits prescrits par le vétérinaire peuvent soulager le cheval, comme l’atropine qui permet de dilater la pupille et de diminuer la douleur quand elle est liée à une contraction de l’iris.

Avant d’aborder une description rapide des pathologies les plus fréquemment rencontrées, rappelons qu’un œil sain :

- Est humide
- Brillant
- Bien ouvert
- Ne coule pas
- La pupille réagit vivement aux variations lumineuses.



Appeler le vétérinaire si :
- Un œil ou les 2 yeux coulent
- Le cheval ne peut plus ouvrir complètement son œil
- Il n’arrive plus du tout à ouvrir sa paupière
- Son œil est rouge
- Il est sensible à la lumière
- Il a le regard vitreux.



Un cheval qui a une perte de vue aura une démarche hésitante, heurtera des objets, se fera de petites plaies très souvent ou ne portera pas attention a des objets en mouvements qui seront dans la partie de son champ de vision amputé.



Troubles de l’accommodation

Certains chevaux peuvent, comme l’homme, souffrir de troubles de l’accommodation ; ils peuvent être myopes, c'est à dire qu'ils ne peuvent pas voir correctement de loin. Ces chevaux sont alors souvent considérés à défaut comme des animaux peureux ou difficiles de caractère. Un cheval peut également être hypermétrope, c’est-à-dire voir  les objets qui sont près de lui de façon floue.


Traumatisme

La position et le volume oculaire prédispose le cheval aux traumatismes : branches d’arbres … Ce sont des atteintes de la cornée le plus souvent, mais elles peuventaller jusqu’à la perforation de l’œil.


Conjonctivite

C’est une inflammation fréquente, qui est due à la pénétration de poussières ou de petites particules dans l’œil.
En cas de conjonctivite, l’œil est rouge et larmoyant.
Le cheval se gratte souvent contre son antérieur, aggravant l’irritation.
Parfois, un liquide jaune ou épais coule de l’œil.  

Une pommade ou un collyre peut alors être prescrit par votre vétérinaire.

En été, les mouches peuvent créer une irritation au niveau des yeux ; les yeux seront alors larmoyants et une conjonctivite peut s’installer.
La pose d’un
flymask est alors nécessaire.


Ulcère de la cornée

Les ulcères sont fréquents et très douloureux.
Dans la majorité des cas, ils sont liésà la pénétration d’un corps étranger dans l’œil, qui va laisser la porte ouverte aux bactéries.

Certainssymptômes sont caractéristiques :

- strabisme
( cheval qui louche),
- excès de larmes,
- forte douleur,
-
blepharospasme (clignement involontaire et répété des paupières, reflexe lié à une douleur oculaire).  

Il est important en cas de doute d’avertir votre vétérinaire, car cette maladie peut s’aggraver et entrainer de sérieuses complications.


Uvéite récurrente équine ( iridocyclite, ou fluxion périodique)

L’uvéite est très grave chez le cheval.

Elle est souvent liéeà un agent infectieux, comme la
leptospirose ( germe qui se transmet par une eau contaminée) qui va infecter l’œil.

De nombreuses affections généralisées (comme une rhinopneumonie …) peuvent s’accompagner d’une atteinte oculaire.

Après cette première réaction une réaction immunitaire peut  provoquer des crises récidivantes (des inflammations douloureuses) : on parle alors d’
uvéite récurrente équine (URE).

Les chevaux de race Apaloosa semblent plus disposés que les autres races à développer cette affection.

On parle d’uvéite récurrente si le cheval a présenté au moins 2 crises inflammatoires.

L’uvéite récurrente est la première cause d’aveuglement chez le cheval : en effet, elle provoque des séquelles irréversibles qui vont conduire à la cécité du cheval.
Elle peut toucher une œil ou les 2 et se présenter sous forme de crises d’intensité variable.

Les symptômes de l’uvéite sont :
- douleur,
- larmoiement,  
- sensibilité a la lumière
(photosensibilité),
- blepharospasme sévère (clignement involontaire et répété des paupières qui reflexe lié à une douleur oculaire).
On observe parfois:
- un œil rouge,
- gonflé,
- la cornée peut prendre un aspect bleuté …

En cas de crises de faible intensité, l’uvéite n’est découverte que lorsque surviennent des séquelles.

En dehors du traitement prescrit par votre vétérinaire, il est indispensable de limiter les agressions extérieures ; un flymask pourra protéger les yeux du cheval des mouches, du soleil ….

L’URE fait partie des vices rédhibitoires ( Le Code rural définit un certains nombre de pathologies, appelés vices rédhibitoires qui peuvent faire annuler de manière légale la vente d’un cheval).



Cataracte

La cataracte est liéeà la formation d’un voile opaque sur la « lentille"de l’œil (le cristallin).

Elle restreint le champ de vision du cheval et peut atteindre un œil ou les 2 yeux suivant sa cause.

C’est une maladie qui peut atteindre les chevaux âgés,  mais qui peut être aussi la séquelle d’une blessure, d’un diabète ou d’une uvéite; dans ce cas évoluer de façon fulgurante : le cheval peut perdre la vue en quelques semaines.

Dans le cas du cheval âgé, la maladie s’installe généralement lentement et ne touche qu’une partie du cristallin, ne provoquant qu’une cécité partielle.

Elle peut être aussi congénitale (c’est-à-dire présente dès la naissance) : c’est la plus fréquente pathologie oculaire congénitale chez le cheval.

On observe chez les chevaux atteints de cataracte un œil d’aspect blanc.

Toutefois, les chevaux âgés sont atteints de «
sclérose cristallienne », qui donne à l’œil le même aspect qu’un œil cataracté, mais qui n’affecte absolument pas la vue.



Cataracte


Le seul traitement reste la chirurgie, qui permet de retrouver complètement la vision. Néanmoins, cette technique est très onéreuse.


Décollement de la rétine

Le décollement de la rétine est une urgence ophtalmique car elle peut conduire à la cécité si elle n’est pas traitée rapidement.  
Elle survient surtout en complication de l’uvéite récurrente.



Glaucome

Le glaucome, c’est-à-dire une pression intra oculaire trop élevée dans l’œil est souvent la conséquence d’uvéites.
Elle va conduire à une modification de la cornée ainsi qu’à l’augmentation du volume de l’œil (
hydrophtalmie).


Perte de la vision nocturne congénitale

La cécité nocturne congénitale est une affection commune chez le cheval Apaloosa .
Elle est transmise génétiquement.
Les chevaux atteints présentent des signes dès la naissance, mais la maladie n’évolue pas avec l’âge.


Traumatisme crânien

Un choc à la nuque peut provoquer de nombreuses atteintes comme une altération des nerfs optiques ou d’autres structures de l’œil.


Atteinte des nerfs optiques

Elle est liée á leur dégénérescence (le fait de s’abimer avec l’âge), ou à une tumeur.


Tumeur des paupières

Le cheval possède comme les chiens et chats une troisième paupière qui protège l’œil à partir du coin supérieur.  

Cet endroit est très sensible aux tumeurs malignes, ainsi que toute la zone autour de l’orbite.

Ces tumeurs doivent être enlevées par le vétérinaire rapidement car elles peuvent être très invasives (s’étendre en profondeur) et altérer la mobilité des paupières.

Toute enflure de la paupière doit faire l’objet d’une consultation vétérinaire.


Blépharite (Paupières closes)


Il s’agit d’une inflammation de la paupière, souvent une extension d’une conjonctivite.
Les paupières sont gonflées par un œdème, d’où l’appellation de « paupières fermées ».

Le traitement prescrit par votre vétérinaire sera celui de la conjonctivite.



Canal lacrymal bouché

Le canal lacrymal permet l’évacuation des larmes.

Exceptionnellement, une petite impureté peut venir boucher ce canal.

Le cheval aura alorsdes larmes excessives (attention de bien différencier avec l’écoulement d’un liquide jaune ou épais, signe d’infection).

Les ailes de son nez seront sèches, car le canal lacrymal débouche dans le nez.  
Même si le cheval « pleure »beaucoup, l’obstruction du canal lacrymal n’est pas douloureuse.

Souvent les chevaux dont le canal lacrymal se bouche ont une prédisposition anatomique à l’ origine de ce trouble.

Cela peut subvenir également lors d’une rhinite (rhume) car le canal lacrymal débouche dans le nez. Il suffit alors généralement de rincer l’œil plusieurs fois par jour avec du sérum physiologique.

Parfois, cette inflammation est liée à une infection dentaire.

Lorsque le canal est obstrué par une impureté, le vétérinaire pourra le déboucher facilement à l’aide d’une petite sonde passée dans un petit trou situé dans le nez où débouche le canal lacrymal.

Si un cheval présente des larmes excessives pendant un certain temps, il faut toujours faire intervenir le vétérinaire car même si cette affection n’est pas douloureuse, elle peut néanmoins dégénérer en abcès.


VII) Soin des yeux

Aucun produit ou collyre ne doit être mis dans les yeux des chevaux sans un avis vétérinaire.
En effet, les collyres antibiotiques posent les même problèmes que les antibiotiques lorsqu’ils sont ingérés (développement de bactéries résistantes à tous traitements …). Un collyre contenant des corticoïdes risque d’aggraver une infection ou un ulcère ...

De façon générale, plus l’œil est manipulé, plus on augmente le risque de le contaminer par des agents infectieux: l
e lavage doit être fait seulement lorsque les yeux sont sales ou avant d’appliquer un produit prescrit dans le cadre d’un traitement. Il est déconseillé de laver tous les jours les yeux « de principe ».

Les yeux doivent être rincés à l’eau aqueuse hypotonique adapté au lavage des yeux des chevaux, ou à défaut, avec du sérum physiologique (qui n’est pas l’idéal, car ce qui est dit « physiologique » pour l’être humain ne l’est pas forcement pour les animaux. Un produit de lavage des yeux doit avoir le même pH que celui des larmes).

Tous les soins des yeux doivent être effectués avec des compresses stériles et des mains propres afin de ne pas contaminer l’œil.

Le contour de l’œil doit être propre afin de ne pas attirer les insectes. Parfois, en été, un flymask s’impose, surtout si les mouches irritent l’œil du cheval.


VIII) Le cheval aveugle

Le cheval, nous l’avons vu, peut devenir complètement aveugle, notamment après avoir été atteint d’uvéite récurrente.

La cécité ne signifie pas la fin de la vie d’un cheval : celui-ci peut vivre de façon presque normale, s’il bénéficie du confort et des soins nécessaires.

Il est important d’anticiper,lorsque cela est possible, la survenue de la cécité.

Si un cheval est destiné à perdre complétement la vue, il doit être installé dans un pré confortable, sans zones dangereuses, escarpement ou trous, et où il pourra vivre à l’année :en effet, le cheval aveugle doit connaitre son pré « par cœur » ;
les changements d’environnement sont à proscrire.
De la même façon, la nourriture et l’eau doivent toujours être distribués au même endroit.

A noter cependant que certains chevaux ont retrouvé une vie normale après une perte brutale de la vue ; la période d’adaptation est souvent plus longue et parfois plus difficile, mais c’est surtout le caractère du cheval qui déterminera le temps qui lui sera nécessaire pour s’habituer à vivre avec son handicap.  

Pendant cette période d’adaptation, qui, nous l’avons vu, peut être plus ou moins longue, le cheval devra être très entouré et rassuré.
Il aura besoin, pour le reste de sa vie, d’avoir une parfaite confiance dans les personnes qui vont être auprès de lui.

La perte de la vue peut aussi entrainer les premiers temps une perte de moral, et le rôle de son propriétaire sera très important.
Petit à petit, le cheval va développer ses autres sens comme l’ouïe et l’odorat et acquérir une mémoire de son environnement, ce qui lui permettra de ré-apprendre à vivre « normalement ».

Lorsqu’il vit en groupe, un cheval aveugle se rapprochera toujours d’un « compagnon »qui le guidera.
Il est alors possible de fixer au licol de ce dernier un grelot afin que le cheval aveugle puisse facilement le détecter(au moins les premiers temps, afin qu’il développe suffisamment ses autres sens pour repérer son compagnon sans avoir besoin d’entendre le grelot).

En troupeau, attention toutefois à ce que le cheval aveugle ne soit pas persécuté par les autres chevaux du groupe ; il lui serait difficile de se défendre et pourrait être blessé en ne voyant pas un coup arriver.
Les chevaux dominants, lorsqu’ils perdent la vue, perdent également leur position hiérarchique dans le groupe : les chevaux dominants sont ceux qui, à l’état sauvage, assure la survie du groupe. Les chevaux aveugles deviennent donc généralement dominés au sein d’un groupe.

La clôture ne doit pas constituer un danger pour le cheval ; ainsi, une clôture électrifiée ou en bois sera choisie selon les habitudes du cheval.
Les extrémités des piquets doivent être couronnées afin que le cheval ne se blesse pas le bout du nez ; il en est ainsi de tout ce qui sera à sa portée.
Il faut penser qu’un cheval aveugle va explorer le monde qui l’entoure avec le bout de son nez, il faudra donc être attentif à tous les objets qui pourraient le blesser.

Une autre astuce consiste à étaler du gravier autour des obstacles afin que le cheval puisse les repérer : autour d’un arbre par exemple, ou devant un mur.

Bien sûr, il faut redoubler de prudence avec un cheval aveugle : ne voyant pas les personnes qui l’entourent, il peut les bousculer (attention aux enfants), ou être effrayé : à son contact, il faut s’assurer qu’il sait toujours ou l’on se trouve, en lui parlant, en le caressant, en maintenant constamment le contact d’une façon ou d’une autre.

La confiance (en son compagnon, en son propriétaire, en son environnement…) joue un rôle primordial dans la qualité de vie du cheval ayant perdu la vue.

Même si la cécité parait être un handicap insurmontable pour un animal comme le cheval, il est étonnant de voir combien de chevaux peuvent vivre confortablement en ne voyant plus.

Certains continuent même à être montés. Bien entendu, la clé est, là encore, la confiance qu’il porte à son cavalier…


Manon est propriétaire d’un cheval qui perd progressivement la vue. Néanmoins, elle n’a pas renoncé à s’en occuper et à lui faire conserver une activité ; elle nous livre son témoignage. Merci Manon.



J'ai commencé l'équitation à l'âge de 5 ans en équitation classique. Mais
l'esprit compétition et l'acharnement sur les chevaux qui sont montés par
tout le monde m’a vite fait fuir, c'est pour cela que je me suis mise au
western, ce qui m’a permis de faire une belle rencontre.....

Tout d'abord cela fait quelques années que je suis l'amie de ce cheval, qui
a été castré tardivement ; nos début ont été un peu difficiles, car il
commençait à perdre la vue. Il se cabrait, avait du mal à sortir seul...   
Ce fut assez compliqué lors de nos premières balades, car il allait sans cesse
de gauche à droite, il trébuchait et s'est blessé au parc à plusieurs
reprises, mais comme je suis une tête de mule, j'ai organisé le parc de
façon à ce que ce soit la moins dangereux possible, car, hors de question
que mon loulou soit enfermé dans un box même en hiver.  
J'ai eu une chance,c'est que son ancien propriétaire (un ami que je porte dans mon cœur) l’a dressé à la voix (il est monté en équitation western). Ce qui m'a beaucoup aidé, car au fil des mois je suis devenue ses yeux ; lui me porte sur son
dos et moi je lui indique le chemin.  
Il faut absolument gagner la confiance de votre ami pour pouvoir aller où bon vous semble, sans qu'il n'ait peur et surtout sans que ce soit dangereux.  
C'est un cheval qui ne voit pas la nuit comme beaucoup d'appaloosas porteurs du gène léopard.  
J'ai beaucoup appris avec lui, c'est un très bon professeur. Une erreur et tout peut basculer, il ne faut surtout pas regarder en l'air quand le chemin n'est pas sûr devant vous, car lui vous fait confiance, donc méfiez-vous, une chute est très
vite arrivée.  
C'est un appaloosa quarter horse, donc je peux vous dire qu'il
a du caractère et de la puissance, ce qui n'est pas toujours facile, car
monsieur aime beaucoup le galop, qu'il faut absolument maîtriser si le
terrain n'est pas sûr.  
Ce cheval, ou devrais-je dire cet ami est la plus belle expérience de ma vie, il m’a beaucoup donné et m'a fait me remettre en question énormément de fois. Beaucoup peuvent penser (et je leur en laisse le droit), qu'un cheval ne sert à rien et qu'on ne peut créer quelque chose avec lui.  
Avec mon cheval j'irais au bout du monde je traverserais des torrents et gravirais des montagnes, rien ne pourra nous arrêter.  
C'est un cheval exceptionnel; c'est comme avec les chevaux qui ont été maltraités, une fois que la confiance est créée entre vous, c'est juste de la
magie. Nous nous complétons, je ne vivrais jamais ça deux fois, donc j'en
profite chaque jour.  
Pour les propriétaires de chevaux aveugles ou qui deviennent aveugles, laissez-leur une chance, vous verrez! C'est tout simplement ma plus belle histoire. Ykawa ....

           

                                                                                                                                   CS

 
 
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